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Oracle deviendra-t-il en février un acteur majeur de l'open source ?

Le succès de l'open source est indéniable. Qu'il s'agisse des administrations ou des entreprises, les porte-drapeaux de ce mouvement sont Linux, Apache, MySQL et plusieurs autres. Les éditeurs propriétaires pourraient très rapidement s'y intéresser. Les rumeurs les plus insistantes placent Oracle comme le premier grand éditeur à investir massivement dans l'open source.



Les premiers acteurs du marché traditionnel à avoir accepté de considérer l'open source comme une possible évolution du secteur informatique sont les constructeurs, IBM et HP en tête. IBM pour lutter contre la domination de Microsoft dans le système d'exploitation, HP pour diversifier ses offres et profiter de ce marché naissant. Même si les ressources matérielles nécessaires sont plus modestes, il ne faut pas oublier que derrière chaque serveur Linux se cache… un serveur. Les constructeurs sont donc au premier rang intéressés par le développement de ce marché.

Jusqu'à présent les éditeurs de logiciels (à l'exception d'IBM qui multiplie les casquettes) n'ont pas encore franchi le rubicon. L'open source est un concurrent que la plupart méprise, quand ils acceptent de le reconnaître. Il est vrai qu'à ce jour la part de marché des applications open source en environnement professionnel reste anecdotique (à quelques exceptions près comme les serveurs Web). Qu'il s'agisse de bases de données, de progiciels de gestion, d'environnement bureautique, dans les entreprises le choix se porte encore majoritairement sur les solutions propriétaires traditionnelles.

Se pose aujourd'hui la question pour ces éditeurs traditionnels de la manière de prendre place sur ce nouveau créneau. Sa croissance soutenue montre qu'un éditeur traditionnel a tout intérêt à ne pas l'ignorer. Ces dernières années on a déjà pu constater que les modèles économiques des éditeurs traditionnels et des éditeurs open source se rapprochaient. Les premiers proposent des versions gratuites de certains de leurs produits (les bases de données de Oracle, Microsoft, IBM par exemple), font progresser le niveau de leurs contrats de maintenance pour augmenter la récurrence de leur chiffre d'affaires, ou évoluent vers le modèle SAAS (Software As A Service), proche de l'ASP.
D'un autre côté les éditeurs d'applications commerciales en open source développent des services professionnels autour de leurs outils pour générer un chiffre d'affaires suffisant à leur développement.
La seule réelle différence entre les deux modèles est celle de l'ouverture du code. Une différence idéologique fondatrice mais qui ne concerne finalement qu'une très faible minorité des utilisateurs. Votre serveur web utilise peut-être MySQL, PHP et Apache. Mais sans doute n'avez-vous jamais regardé, et encore moins modifié, le code source de ces outils.
Si demain le code source de Windows, SAP, Oracle ou Office vous étaient ouverts, sauriez-vous les modifier ou même simplement les comprendre ? Sans doute 99,99 % de leurs utilisateurs en seraient incapables.
En revanche, la perception de sécurité apportée par la disponibilité de ce code source permettant à un département informatique ou une SSII d'adapter ou de corriger une erreur handicapante pour votre système d'information, pourrait être vue comme un atout.

Les éditeurs propriétaires pourraient donc, comme nous l'avions annoncé il y a déjà dix-huit mois, adopter certains des principes de l'open source et leur faire profiter de leur expérience commerciale et marketing.

Ces dernières semaines les rumeurs ont bruissé autour de l'intérêt que porterait Oracle sur ce marché de l'open source. Larry Ellison aurait ainsi choisi d'être le premier grand éditeur propriétaire à investir massivement dans l'open source. Après avoir racheté à tour de bras dans le domaine applicatif (Peoplesoft, Siebel, Retek…) ces deux dernières années, Oracle s'intéresserait maintenant aux infrastructures ouvertes. On a longtemps prêté à Oracle le souhait de racheter BEA, mais les rumeurs de ces dernières semaines font état d'un rachat de Jboss, un serveur d'applications en open source concurrent de BEA, moins générateur de revenus, mais certainement beaucoup moins coûteux à acquérir.
Business Week Online croit savoir que le rachat de Jboss, serveur d'applications qui a été téléchargé plusieurs millions de fois, pourrait intervenir pour environ 400 millions de dollars. Mais le magazine américain précise que rien n'est encore signé, et que les représentants de Oracle et Jboss n'ont pas souhaité commenter cette information.
Oracle s'intéresserait également à Zend, éditeur d'un environnement de développement PHP, un des langages les plus utilisés dans le monde de l'Internet. Cette acquisition valorisée autour de 200 millions de dollars, toujours selon Business Week Online, permettrait à Oracle de mettre un pied dans l'entrebâillement de la porte du développement Web.
La troisième acquisition, la plus petite, pourrait être annoncée dès la mi-février. Le magazine américain croit savoir qu'il s'agirait de Sleepycat Software, éditeur de la base de données ouverte Berkeley DB. Cette base de données dispose d'un parc d'utilisateurs important – son éditeur annonce 200 millions de déploiements même si le chiffre semble largement surévalué – et existe en trois versions, une version classique Berkeley DB, une version native XML lancée en 2003, et une version Java lancée en 2004.

Si ces acquisitions, ou d'autres, sont confirmées par Oracle, elles représenteraient un signal fort pour les éditeurs propriétaires. Ce signal fort pourrait ouvrir la voix à d'autres éditeurs, sans doute dans un premier temps toujours autour de solutions techniques, puis pourquoi pas dans les domaines applicatifs tels que les ERP. Ce serait également un point important marqué par Oracle face à ses concurrents historiques du monde propriétaire.

Du côté des utilisateurs, le rachat d'éditeurs ouverts par des éditeurs propriétaires peut être perçu de deux manières opposées. Soit les utilisateurs y voient une sécurité supplémentaire liée à la pérennité et à la puissance commerciale et marketing de l'acheteur, soit à l'inverse, ils considèrent ces rachats comme une perte d'identité et un risque de fermeture du code source, et choisissent alors de s'en éloigner. Oracle jouera peut-être à quitte ou double en investissant ce secteur. Mais la personnalité de Larry Ellison est parfaitement en phase avec ce coup de poker… calculé.

Dimanche 12 Février 2006
Philippe Nieuwbourg
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